Danya Hammoud conte plus vrai que nature

<strong>Danya Hammoud conte plus vrai que nature <strong>

C’est sur la scène du jardin de L’Évêché, lors du deuxième week-end du festival Uzès Danse, que Danya Hammoud a choisi de créer Devenir Crocodile, un solo onirique, combinant avec habilité écriture chorégraphique et narration orale.

Dès lors, le son se fait entendre en premier, puis la chorégraphe-interprète quitte les gradins et gravit les marches menant à la scène. Le plateau comporte pour seul élément scénographique un micro sur pied avec lequel Danya Hammoud commence à conter une fable peu tranquille. Pour ce faire, l’artiste se pare d’un masque, ou plutôt d’une prothèse façon Gueule Cassée, semblable à un museau. À la lisière de la réalité, elle entre dans le merveilleux par une gestuelle saccadée, parcourt tout l’espace avant de revenir raconter une mue, dans ses étapes les plus troublantes.

Tout le long de la pièce, Devenir crocodile déploie une ambiance sonore mouvante, variant de l’imperceptible à la manifestation omniprésente. Tout en ondulation, ce solo puise dans l’énergie corporelle de quoi s’adapter à l’univers bouleversé qui est dit d’une voix blanche, sans fioriture ni tremolos. Cette économie de moyen engendre un travail chorégraphique dont la richesse réside dans une introspection anthropomorphique et communiquée de telle manière qu’elle suscite une immersion totale de ceux qui y assistent.

Métamorphose kafkaïenne ou état de grâce, Devenir Crocodile offre des passages qui subjuguent, lorsque l’énonciation accompagne le mouvement menu mais poétique. À cet égard, la composition de David Oppetit constitue de la pure orfèvrerie, amenée à point nommé.

Tant et si bien que l’on se laisse volontiers glisser dans la dernière partie de cette pièce, dans laquelle l’on peut aussi bien se perdre dans les eaux que l’on entend s’écouler ou suivre les déplacements lourds d’un ventre recouvert d’écailles glissant contre le sol. Étrange et providentielle venue ce soir de création, que celle d’un gecko accroché à la pierre encore chaude en fond de scène, véritable mise en abyme de la rencontre entre civilisation et monde sauvage.



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