Rétrospective Francesco Rosi au Cinemed

<strong>Rétrospective Francesco Rosi au Cinemed<strong>

Le Cinemed a cette spécificité d’évoquer les enjeux qui traversent les sociétés méditerranéennes contemporaines. Le festival met cette année à l’honneur, le cinéma de Francesco Rosi, qui montre une Italie secouée par la violence sociale et politique de la deuxième moitié du XXème siècle.
Leoluca Orlando , le président du Cinemed, influence sans doute cette programmation qui fait écho à son propre parcours politique. « L’extrême gauche, la mafia et la corruption politique sont les trois grands problèmes qui traversent l’Italie« , analysait l’ancien maire emblématique de Palerme au cours de la conférence de presse de présentation, début octobre.

Aldo Moro

Ainsi, la série Esterno note semble particulièrement attendue. Elle plonge dans la fureur des années 1970 où les Brigades rouges, un groupe d’extrême gauche, enlève Aldo Moro. L’exécution de cette figure politique majeure soulage tout le monde, notamment dans son propre parti. Moro voulait, rappelons le, alors proposer un « compromis historique » entre la Démocratie chrétienne (DC) et le Parti communiste italien (PCI). 

On y voit la plus puissante organisation ouvrière de l’Europe de l’Ouest restant écartée du pouvoir par des tractations d’appareils. Une gauche extra-parlementaire peut alors se développer à travers des grèves sauvages et des émeutes. Ce courant qui comprend les Brigades rouges ne supporte pas la collaboration du PCI avec l’Etat bourgeois. De l’autre côté, les dirigeants de la Démocratie chrétienne, incarnés par l’inamovible Andreotti, refusent de tendre la main aux communistes. Dans un contexte de guerre froide, l’allié américain ne semble pas davantage enthousiasmé par une intrusion des communistes dans les institutions italiennes. 

La série de Marco Bellocchio peut permettre de se plonger dans ce contexte décisif de l’Italie des années 1970. Le grand cinéaste a déjà consacré un film à cette période. Si Buongiorno, notte se penche sur les Brigades rouges, sa nouvelle série devrait évoquer davantage la figure d’Aldo Moro. Leoluca Orlando confie d’ailleurs son admiration pour cet homme politique original. Il adhère à la Démocratie chrétienne pour rejoindre son courant politique. Mais il découvre surtout un appareil qui cherche avant tout à se maintenir au pouvoir. « Il était dans un parti qui était le contraire de ce qu’il était. Moi aussi« , précise Leoluca Orlando. À Palerme, il adopte une démarche unitaire et accepte de gouverner aux côtés des forces de gauche. Une sorte d’hommage au « compromis historique » à l’échelle municipale.

Crime et politique

Leoluca Orlando est ainsi devenu maire de Palerme. Cette ville reste surtout connue comme la capitale de la redoutable mafia sicilienne : la Cosa Nostra. Le documentaire Corleone le parrain des parrains revient donc sur la figure de Toto Riina. Parrain de tous les parrains, il consolide une puissante organisation criminelle. Mais il s’engage dans un affrontement avec l’Etat. Il fait assassiner des policiers, des juges et lance même des attentats à la voiture piégée. C’est à ce moment que l’Etat italien commence à sérieusement s’attaquer à la mafia. Jusqu’à présent, « La pieuvre » bénéficie de la complaisance des politiciens de la Démocratie chrétienne. Le film Lucky Luciano se penche sur cette figure fondatrice de la mafia italo-américaine. Après avoir structuré cette puissante organisation du crime organisé, il se réfugie en Sicile. C’est qui jette les ponts entre les États-Unis et l’Italie pour lancer un trafic de drogue à l’échelle internationale. Lucky Luciano reste une figure qui relie mafia et politique, mais aussi économie et criminalité. 

La rétrospective Francesco Rosi permet également de se plonger dans les bas-fonds de la politique italienne et son monde capitaliste. Main basse sur la ville évoque une industrie immobilière qui préfère maximiser ses profits, au détriment des conditions de sécurité. Ce classique explorant la collusion entre les politiciens et les patrons véreux est à ne pas rater, tandis que L’affaire Mattei revient sur la mort mystérieuse d’un démocrate chrétien de gauche. Il est adoré du peuple, mais craint par les industriels et les politiques. Il devient également dangereux pour les compagnies pétrolières américaines et les services secrets français. Incarné par Gian Maria Volonte, acteur proche des communistes, ce personnage tragique permet d’évoquer la face sombre de la vie politique en Italie.



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