Anima Bella raconte le calvaire des enfants aidants

<strong>Anima Bella raconte le calvaire des enfants aidants <strong>

Quatre années après Il figlio Manuel, Dario Albertini revient avec un long métrage consacré aux aidants mineurs. Présenté en compétition long métrage au Cinemed, l’intrigue dAnima Bella est portée par une toute jeune fille, prénommée Gioia (Madalina Maria Jekal) et triste comme un jour de pluie qui n’en finit pas. Alors que le personnage principal d’Il Figlio Manuel, premier long métrage du réalisateur, luttait contre une mère maltraitante par sa négligence, celui d’Anima Bella se révèle dans des scènes sublimes et en intériorité.

Par sa pudeur sur son enfer à huis clos et sa fierté en société , Gioa partage avec les enfants nés de parents toxiques, cette étrange capacité à s’oublier pour contenter autrui. Auprès d’un père accro aux jeux et criblé de dettes, elle tente de maintenir à flots leur petite activité ovine dans des scènes désolées de la campagne italienne. Ce pourrait être partout, dans n’importe quelle région méditerranéenne loin d’une métropole et cela comporte des moments de grâce certains. Sur le plan esthétique, le format vignette et la photographie épurée choisis pour la réalisation participent à cette étrange lumière rasante qui ne pardonne rien aux lieux en déshérence ni aux visages marqués par le temps trop long. Dans des scènes révélatrices de sa bienveillance, Gioa remplit un bidon d’eau au beau milieu des baigneurs de la source thermale afin de masser les chevilles d’une voisine ou invite son père au restaurant après que les dettes de ce dernier ont conduit à la saisie du cheptel et de la maison familiale. Le couple père-fille apparaît à l’écran comme une inversion de l’ordre des choses, dans ses échanges, sa gestuelle et, in fine, sa symbolique.

La force d’Anima Bella réside sûrement dans la détermination de ce personnage féminin, prêt à tout pour sauver son père, quitte à abandonner sa propre vie et dans une formalisme empruntant parfois au sacré, comme l’illustre le plan séquence du retour aux eaux dites miraculeuses. Plusieurs fois, la réalisation de Dario Albertini s’avère d’une justesse éprouvante, puisqu’elle parvient à donner corps aux espoirs et dilemmes auxquels sont confrontés tous les enfants devenant, trop tôt, aidants et parents de leurs propres parents.

L’inquiétude et le courage sont partout dans Anima Bella, qui se déploie telle la fable d’amour inconditionnel. Chaque plan indique la nostalgie de l’insouciance perdue ou le tiraillement entre abandon de soi et désir de vivre. Jusqu’à la toute dernière scène, magistrale et bouleversante, par son basculement narratif et sa forme d’acmé, la tension sourde perdure. Par ce mouvement du monde rural vers la ville, Dario Albertini répond enfin à la question posée il y a autre ans dans Il Figlio Manuel, via une maîtrise de son sujet qui permet à la fiction de trancher, en quelques secondes capitales.



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