Enquête sur un Scandale d’État inaugure le 43ème Cinemed

<strong>Enquête sur un Scandale d’État inaugure le 43ème Cinemed<strong>

Le grand patron des Stups accusé de protéger l’un des plus gros trafiquants de drogue en Europe : le scénario claque comme un film d’action au cœur des rouages du crime organisé. Présenté en avant-première, pour la séance d’ouverture de la 43 ème édition du Cinemed, le long métrage tourné en 4/3 fait le choix d’une forme peu habituelle pour son sujet, avec le tandem Roschdy Zem et Pio Marmaï savamment dirigé.

Il faut dire qu’avec son Enquête sur un scandale d’État, Thierry de Peretti fait le choix d’imposer un autre rythme et un autre regard dans le cinéma français. Pas de règlements de compte, de face à face virils, de tension dramatique et de climat qui peut exploser à tout moment. Il ne filme pas le trafic au ras du bitume et du côté de la rue. Il balade sa caméra davantage du côté des institutions. Venu présenter son film au Cinemed, Thierry de Peretti assume son approche. « Ce n’est pas parce que ce n’est pas une intrigue de type Netflix que ce n’est pas de la fiction. Les journalistes feuilletonnent et les politiques font du storytelling. Le cinéma doit raconter différemment les choses. Le corps des actrices et des acteurs, leurs voix, permet de faire un pas de côté« , précise le cinéaste.

Regard documentaire

Le film reste ancré dans le réel. Thierry de Peretti, après plusieurs films sur la Corse, cherche à retranscrire l’ambiance qui règne à Paris depuis 2015, entre attentats terroristes et contestation de Nuit debout. « On m’a demandé d’adapter le livre d’Hubert Avoine et d’Emmanuel Fansten. Hubert Avoine raconte son parcours du syndicalisme, de son infiltration dans les cartels de la drogue jusqu’à son travail avec l’Office des stupéfiants« , présente Thierry de Peretti. Le film se penche ainsi sur deux hommes qui n’ont rien à voir l’un avec l’autre : qui ne sont pas de la même génération et n’ont pas les mêmes origines sociales. Le réalisateur choisit d’amener les personnages au cœur du film, dans chaque plan, plutôt que de proposer un récit centré sur le grand banditisme. « Quels sont les personnages qui gravitent autour du trafic ? Un personnage d’infiltré comme Hubert Avoine, je n’avais jamais vu ça au cinéma. J’avais besoin d’avoir une prise avec le réel. Je ne pouvais pas raconter un livre sur les coulisses du trafic« , précise Thierry de Peretti.
Le film se tourne également vers le travail d’enquête du journaliste Emmanuel Fansten avec des conférences de rédaction et des rencontres de sources. « La question du dessous des cartes me passionne. Comment une enquête se crée, se déroule. Qu’est-ce qu’un scandale ? Qui dit que c’est un scandale ? Ça dit beaucoup de choses sur notre société« , indique Thierry de Peretti. Le trafic de drogue est également abordé depuis les institutions. Le cinéaste confie s’inspirer des documentaires de Frederick Wiseman ou par la série The Wire qui a produit de l’action à travers l’observation des institutions.

Dossier brûlant

Thierry de Peretti s’inspire donc d’un livre de témoignage, mais aussi d’une affaire en cours. Le grand flic corrompu n’a pas encore été jugé. Dans le contexte d’un cinéma français frileux quand il s’agit d’aborder des questions politiques et des dossiers judiciaires, Thierry de Peretti se montre relativement audacieux : « Est-ce qu’on peut traiter une affaire en cours ? Est-ce qu’on peut interagir avec ce qui se passe sans le temps de la gestation ?« , questionne le cinéaste. L’enquête du journaliste (incarnépar Pio Marmaï) le mène du côté de la Costa del Sol, une région d’Espagne qui sert de plaque tournante du trafic de drogue entre le Maroc et l’Europe. Il apprend alors l’existence de barbouzes chargées des basses besognes par les Etats démocratiques. Le GAL (groupe antiterroriste de libération) se compose, en effet, de truands qui ont liquidé des militants basques de l’ETA pour le compte du pouvoir socialiste. Le monde du trafic de drogue débouche vers les polices parallèles et les officines contre-révolutionnaires. « Les gens du GAL sont toujours en place et participent au trafic« , souligne Thierry de Peretti. Ces méthodes rappellent celles employées par l’Etat français pour réprimer le nationalisme corse. 
Pourtant, le cinéaste tient à se démarquer du film à thèse qui flirte avec la propagande un peu trop grossière. Il reste attaché à une approche cinématographique. « Cette dénonciation de l’Etat passe par les personnages. Hubert Avoine invente son statut. L’accumulation de points de vue donne un aperçu du monde. Ce n’est pas un film à message. Il y a de l’ambiguïté. Ce qui m’intéresse, c’est le système qui produit le discours d’un grand policier qui justifie ses méthodes« , précise Thierry de Peretti.

Le cinéaste ne prétend pas apporter de réponse définitive, mais parvient à poser les questions qui permettent de comprendre le fonctionnement des États quant à ces problématiques. « Qu’est-ce qui sape les démocraties ? Comment les polices opèrent ? Avec quels moyens et quelles méthodes ? » , ouvre Thierry de Peretti. 



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