Le beau Voyage du Prince

Le beau Voyage du Prince


Dans le film d’animation Le voyage du Prince, présenté au Cinemed, Jean-François Laguionie renoue avec un imaginaire féérique. Le vieux Prince échoue cette fois sur une terre inconnue et se trouve hébergé par un groupe de scientifiques dans un ancien musée. Il rencontre un jeune enfant qui vit au même endroit. Ensemble, ils quittent ce lieu pour visiter la ville, avec son univers de cité industrielle du XIXsiècle. Le voyage du Prince propose un conte pour enfant mais aussi une réflexion sur le monde de la science et sur le rêve. Dans le cadre du festival Cinemed, les scénaristes Anik Le Ray et Jean-François Laguionie reviennent sur l’écriture du film. 

Une suite singulière

Ce long métrage relève d’une commande du producteur qui veut donner une suite au Château des singes. Le dessinateur relève le défi aussitôt : « On ne peut pas refuser de faire un long-métrage, du moment qu’on a le droit d’écrire ce qu’on veut », précise Jean-François Laguionie. Il y a déjà 30 ans, au cours d’une projection publique, un enfant lui demandait d’imaginer une suite au Château des singes. « Les enfants voulaient savoir ce qu’est devenu le Prince. J’avais aussi l’impression de ne pas être allé au bout du sujet », confie Jean-François Laguionie.

Le Château des singes a surtout contribué à renouveler le dessin animé dans une période dominée par l’empire Disney et le divertissement à l’américaine. Ce grand dessin animé européen proposait alors une nouvelle esthétique. « Il fallait trouver une technique et un style dans les années 1980 qui soit adapté. Le producteur britannique voulait faire un film avec des chansons, mais pas moi », précise Jean-François Laguionie.

L’univers du film puise aussi dans la société industrielle dont le progrès technique apparaît à la fois merveilleux et menaçant. « On ne voulait pas faire un univers avec une domination politique, mais plutôt avec une domination scientifique », indique Anik Le Ray. Une documentation d’époque a permis de nourrir cet univers et la double lecture qui traverse le film. Le conte pour enfant se mêle donc à une réflexion sur la civilisation industrielle. « On fait des films pour les enfants et pour les parents. Mais on fait d’abord des films pour nous », confient les scénaristes. Néanmoins, les auteurs se gardent bien d’imposer une vision du monde. « On peut faire parti de tous les peuples, à condition d’en sortir pour aller voir les autres », précisent-ils.

Coulisses d’un dessin animé

Les scénaristes reviennent ensemble sur leur méthode d’écriture. Ils tentent de se compléter et de laisser place à la créativité de l’autre, en groupe : « Anik écrit une histoire, mais pas sous la forme d’un scénario. On l’adapte ensemble pour en faire un véritable scénario. Ensuite, je commence mon animatique, mon brouillon. Je photographie tous mes petits dessins avant de les mettre sur une table de montage », décrit Jean-François Laguionie. Un dessin s’apparente à un plan du film. Mais le trait s’inscrit déjà dans un mouvement esthétique.

Le musicien Christophe Heral joue également un rôle précieux dans cet opus. « C’est à moi d’inventer l’âme de l’animatique qui n’est pas encore en mouvement. Il m’arrive aussi de fournir la musique par rapport à une animation donnée », indique Christophe Heral. Le mouvement peut donc se monter dans les deux sens, de la musique au dessin ou inversement. « Je peux reprendre un dessin à partir de la musique », précise Jean-François Laguionie. Il a également redessiné des personnages par rapport à la voix des comédiens. Mais c’est le montage donne le dernier mot à la finalisation des dialogues.

Jean-François Laguionie livre aussi ses secrets de dessinateurs. Il ne se conforme pas aux méthodes traditionnelles : « Je n’utilise pas de storyboard. C’est rare, même si Miyazaki a la même méthode », souligne Jean-François Laguionie, qui préfère les techniques artisanales plutôt que les déluges d’effets permis par la 3D. « Tous les films d’animation sont en 3D. Mais il faut aussi donner un enrichissement graphique, avec le coup de pinceau et le trait du crayon », insiste t-il. L’équipe du film préfère ainsi le plaisir de la créativité collective aux contraintes imposées par l’industrie du divertissement.



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