Adults in the room donne un visage à l’austérité

Adults in the room donne un visage à l’austérité

Présenté en avant-première au festival Cinemed, Adults in the room, nouvelle réalisation de Costa-Gavras explore les coulisses des rouages monétaires régissant l’Euro-zone.

Pour rappel, en 2015, la Grèce subit des plans d’austérité qui enfoncent le pays davantage dans la crise. Les travailleurs ne reçoivent plus leurs salaires et l’économie s’effondre avec la chute de la consommation. C’est dans ce contexte que la population en révolte pousse la gauche radicale au pouvoir. Le nouveau gouvernement dirigé par Alexis Tsipras doit alors faire face à de nombreux défis. Yanis Varoufakis, brillant économiste, est alors nommé Ministre des finances. Il s’oppose au Mémorandum de la Troïka (FMI, BCE, Commission européenne) qui impose des privatisations, une baisse des pensions de retraites et autres joyeusetés néolibérales.

Un sujet qui semble aride. Pourtant, la maîtrise technique des subtilités de l’économie n’est pas nécessaire pour apprécier le film de Costa-Gavras, qui s’attache à un propos très documenté et à une photographie glaciale fascinante. On y suit un démocrate sincère qui croit à la force du débat, confronté à des institutions qui le font basculer par la force. Les négociations courtoises et policées tournent rapidement au duel digne d’un western autour d’une table immense, tout droit sortie de l’esthétique cinématographique de la Guerre Froide. En réalité, les discussions dans le cadre de l’Eurogroupe (qui réunit les Ministres des finances des pays européens) ou dans les salons feutrés sont animées par une tension qui peut exploser à tout moment, tient le spectateur en haleine.


Ce long métrage de Costa-Gavras s’engouffre dans les coulisses du pouvoir, donne aussi des visages aux artisans de la Troïka. C’est d’ailleurs la principale curiosité du film que de faire jouer par des acteurs des rôles de politiciens toujours en exercice. On croise ainsi Christine Lagarde, patronne du FMI, Pierre Moscovici, Michel Sapin ou même Emmanuel Macron, encore à Bercy.

Au-delà de la curiosité burlesque, le film s’attache à la réalité des rapports de force. De quoi déjouer pour de bon les théories du complot qui attribuent un rôle puissant à une finance occulte ou à des sectes comme le groupe Bilderberg. Même le pouvoir du FMI ou de la BCE sont relativisés. Le seul qui décide vraiment, est ce bon vieux Wolfgang. Le Ministre des finances allemand impose sa ligne inflexible, sans compromis ni négociation. Les autres acteurs, malgré leurs signes d’ouverture, se couchent quand Wolfgang décide et tranche, personnage tempétueux sous la caméra de Gavras.


Il faut cependant reconnaître que la nuance et la subtilité d’Adults in the room ne sont pas les points forts d’une réalisation qui reste calquée sur le livre éponyme de Varoufakis. Si les personnages méchants peuvent parfois sembler comiques, ou même sincères comme Wolfgang, le gentil Varoufakis se trouve seul face à tous les méchants ministres. Ses choix ne sont jamais questionnés. Pire, les critiques du gouvernement par la population sont inaudibles. C’est donc une foule muette qui vient perturber le repas au restaurant de Varoufakis.

Ainsi, l’oeuvre se résumerait à une banale trahison. Heureusement, le film peut aussi permettre d’observer les impasses de cette gauche, notamment dans impuissance face à des Etats vissés au dogme néolibéral.

Le long métrage, bourré de dialogues efficaces, décortique donc la crise grecque, près de deux heures durant et l’on y voit Varoufakis songer même à créer une monnaie alternative pour sortir de drame humain. Adults in the room peut parfois ouvrir la réflexion pour laisser place au doute et à l’incertitude, y compris sur la viabilité du capitalisme. Et c’est déjà salutaire.



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