Plaidoyer pour la House

Plaidoyer pour la House

« Eh les gars, vous savez où l’on peut écouter de la musique techno ? » . Peu importe, où que tu sois, qui que tu sois et quoi que tu fasses, si le monde de la musique électronique t’attire, tu auras forcément entendu cette fameuse question de la part d’un type perdu entre dédales de rues, errant désespérément dans le but de trouver de quoi lui chatouiller l’oreille. Réduire la musique électronique à la techno musique : judicieux ? On en parle les beautés. Le prisme : la house. 

Au service de la voix

Non. Non, vous ne connaissez pas ce qu’est la house. Oui, oui vous réduisez un mouvement lancé il y a maintenant presque 40 ans, à savoir la dance music, la musique de la nuit, la musique du futur comme l’appelait les Giorgio Moroder, Jean-Michel Jarre et autres Cerrone ou New Order à un rythme binaire chassé par des basses assourdissantes. La house music, c’est ce genre de sonorités, balancé dans les «nightclubs» des USA, entre Chicago et New York, avec comme fer de lance les fameux Warehouse et Paradise Garage

Au début des années 80, des artistes comme Ron Hardy, Franckie Knuckles, Lil Louis ou encore Larry Heard et Marshall Jefferson impulsent une dynamique nouvelle aux nuits américaines en s’appropriant les codes du disco à leurs manières.  La base : un « four-on-the-floor » simple, un kick, comparable à la grosse caisse d’une batterie.

Le tout est synthétisé par ordinateur, avec un tempo relativement rapide, mais toujours plus lent que le disco. Le charme de ce style réside dans les sentiments que ses sonorités lui donnent: musique de l’âme, elle apparaît tantôt religieuse, tantôt diabolique ; elle donne un sourire de garnement, indisciplinée mais rigoureusement agencée, elle se marie à l’allégresse et embrasse les formes les plus justes de ce monde : le bonheur, la joie, la vie.

Les grandes thématiques du genre puisent leurs essences dans l’amour et la fête. Avec le temps, elle a su se transformer, mais elle n’a jamais renié ses principes fondateurs : la voix et le groove.

Couleur de joie, couleur de vie

On entend souvent parler de démocratisation de la musique électronique, mais la house est délaissé, comme malmenée par les années et son extrême opposé : la techno. « Vous savez pas où l’on peut écouter de la techno ? ». Rêvons d’autres soirées, d’autre chose, d’une nouvelle richesse d’offre. La house est colorée, elle comble l’espace à elle seule et lève le voile morose figé sur les visages de la foule.

Vous nous direz que chacun a son interprétation des soirées et de la manière de les vivre, que la techno est joyeuse et qu’elle rassemble. Certes. Mais chez Magmaa, on la trouve souvent froide, noire, impersonnelle et linéaire. Les DJ qui passent de la house music s’amusent avec les platines ; ils utilisent le « ptich » au maximum, jouant sur la modification du rythme, manie le « cue », cette touche d’un contrôleur qui permet de placer des points de repère sur un morceau, avec précision, permettant de créer des situations musicales inattendues et l’émerveillement auditif. 

On pourrait s’arrêter là et vous laisser profiter d’une playlist soigneusement concoctée par nos soins, mais quoi de mieux que pour terminer cet éloge de la House Music que les réponses de Jo Aposto, DJ résident du One Again Club à Marseille, et membre du label D-Mood Records, qui résume en quelques lignes ce mouvement si festif et jubilatoire.

Magmaa : Salut Jo, déjà merci de répondre à ses quelques questions !

Jo : Avec plaisir, merci d’avoir pensé à moi surtout !

Magmaa : Tout d’abord,comment définirais-tu la House Music ?

Jo : La House Music c’est pour moi une excellente synthèse de plusieurs genres musicaux que j’affectionne pour différentes raisons. J’y retrouve le groove du funk, la profondeur de la soul, la joie du disco, le sampling du hip-hop et la chaleur des boîtes à rythmes de la techno. La définir n’est pas aisé, tout comme classer les musiques dans des catégories. Néanmoins elle reste pour moi le registre dans lequel un maximum de monde, en particulier les non-initiés au mouvement, peuvent s’y retrouver. C’est un peu, et à juste titre, la « maison » du peuple; là où il y fait toujours bon vivre et où l’on laisse ses soucis de côté pour y danser. C’est en tout cas celle qui m’inspire clairement le plus d’émotions quand je la joue et c’est sûrement grâce à l’histoire qu’elle véhicule. La house music c’est l’amour !

Magmaa : Quelle est ta vision de la culture club ?

Jo : Mon avis personnel est qu’il n’y a pas pire endroit pour voir un artiste qu’en discothèque. Et c’est un DJ résident programmateur d’une boîte de 1000 personnes qui vous le dit. Je parle bien sur de l’exemple français, où on attend souvent 3h du matin pour voir une tête d’affiche, à boire de l’alcool hors de prix à une heure où on a le ventre vide à souhait. Sans boire déraisonnablement et en restant tout à fait clean, il arrive des moments où on ne se sent clairement plus à sa place sur la piste si l’on est venue simplement écouter un artiste que l’on apprécie. C’est clairement pas des endroits pour les mélomanes; même s’ils ont fait les grandes heures de la House Music, les clubs ont perdu de leur superbe et les gros bookings devenus monnaie courante ces dernières années ne suffisent plus à les rendre attractifs. Les diverses réglementations n’ont pas facilité les choses non plus et je pense que désormais il faut au minimum un lieu à taille humaine et dirigé par des passionnés pour arriver à rendre un club tout aussi inspirant que la musique qu’il propose. Dieu merci il y en a ! Attention, je ne dis pas qu’on ne peut pas passer une bonne soirée en boîte de nuit mais aux US je prenais déjà plus de plaisir à sortir car les horaires de fermeture des clubs sont bien plus tôt. 

Je me pose souvent la question de ce qu’il resterait de la culture club avec moins d’alcool et de drogues ? Qui attendrait réellement jusqu’à si tard pour danser sur des boucles de samples en 4/4 ? Je me fais surement vieux mais le club, arrivé à un certain âge, c’est chiant et ça comporte beaucoup trop d’inconvénients ! Il faudrait repenser la manière de clubber idéalement. Déjà, attaquer plus tôt la soirée ça te permet aussi d’avoir une bonne partie du public encore un peu attentive et pas totalement arrachée. Si les alcooliers lisent cette interview, ma tête sera mise à prix dans la région c’est sur ! 

En réalité c’est plus marquant de voir un DJ en club qu’en festival, en termes de proximité surtout. En revanche, en matière de fréquentation, je trouve le club en france encore trop « fourre tout » pour arriver à concurrencer l’ambiance d’un festoche ou d’une soirée dans un lieu atypique dégageant à lui seul beaucoup d’énergie. La solution reste peut être le filtrage drastique à la « berghain », allez savoir.

Magmaa : Comment la House Music a su se renouveler ?

Jo : Le retour de la House Music ? C’est comme le disco, le truc marchait, tout le monde a fait pareil puis logiquement le grand public s’en est détaché pendant un moment, saoulé et inondé par la masse des références. Puis, tout comme la mode qui n’est qu’un éternel recommencement, le truc est revenu au goût du jour. Je ne pense pas qu’il y ait vraiment de raison particulière en tout cas, seulement une conjoncture et un ensemble de détails réunis au bon moment. Je pense au progrès technologique et la multiplication des « home producers », les chaines internet et l’information à portée de clic et un travail de fond de plusieurs acteurs de la nuit aujourd’hui incontournable dans le milieu. 

La house a bénéficiée du retour sur le devant de la scène des musiques électroniques, des jeunes producteurs qui ont su donner un coup de modernité à un style déjà bien poncé et, elle a surement bénéficié comme les autres courants, de la démocratisation de la drogue en soirée. En réalité le terme est tellement vaste aujourd’hui que n’importe qui en écoute ou pense en écouter. Pour le français lambda, la house c’est Daft punk et David Guetta, et bien malin celui qui peut affirmer que c’est faux. Mes potes promoteurs des Jardins Suspendus, qui ont fait en quelques étés la plus grosse Direction Artistique House que le Sud de la france ait jamais connue je pense, ont cru avoir relancé l’engouement pour cette musique mais en réalité la grosse majorité du public était clairement plus là pour les selfies cul-de-poule sur le toit-terrasse vue mer, que pour chanter les louanges des racines afro et gay de ce mouvement captivant.

Pour suivre l’actualité de Jo Aposto, on vous laisse sa page Soundcloud ici https://soundcloud.com/joaposto

Enfin, pour régaler vos oreilles de mets musicaux, on vous laisse une playlist spéciale House Music. Vive l’amour, vive le groove, vive la House !



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