L’éclatante lumière de Beale Street

L’éclatante lumière de Beale Street

« L’amour ne commence ni ne finit comme nous le croyons. L’amour est une bataille, l’amour est une guerre, l’amour grandit » James Baldwin. D’amour et de batailles, il en est question dans Si Beale Street pouvait parler, adapté du livre éponyme de l’auteur noir-américain. Tout se déroule à Harlem, dans les années 70. Tish et Fonny s’aiment d’un amour brûlant. Une passion balayée de plein fouet au moment où Fonny, victime d’une erreur judiciaire, est emprisonné. Tish s’engage alors dans un long combat pour la justice et l’amour.

Si Moonlight était d’une percutante douceur, ce troisième long métrage n’est plus une promesse mais bien la confirmation d’un fin conteur et grand esthète, nommé Barry Jenkins.

« Tu es prête ? », « J’ai jamais été aussi prête de toute ma vie ». En un échange de regard, en deux phrases, un cadrage serré sur les visages : dès les premières secondes, tout est déjà là.

Fonctionnant comme un aimant, sa mise en scène alimente toutes les envolées lyriques qui parsèment le film. Elle dégage un pouvoir magnétique, une aura sublime qui happe invariablement notre regard. C’est d’une grande beauté poétique, très souvent majestueux.

Cette part d’onirisme relève déjà du formidable travail effectué par James Laxton sur la lumière (déjà présent sur Moonlight). Elle sublime les visages, les corps et en épouse les moindres contours. Barry Jenkins aime sublimer ses personnages et ça crève l’écran.

. En trois films, une patte de cinéaste s’est imprimée, affûtée et a gagné en précision. Il y a aussi quelque chose de bouleversant et d’authentique à voir cette croyance aveugle et totale en un cinéma qui n’a pas peur de revendiquer la pureté du romanesque. C’est par là que Jenkins veut créer de l’émotion ; comme une évidence.

Le film s’articule donc comme une invitation au romantisme, de par son élégance formelle et la douce fragilité qui émane des deux acteurs principaux, à savoir KiKi Layne et Stephan James. Lorsque ces deux se retrouvent, par le souvenir notamment, tout s’illumine. Il en va d’une harmonie étincelante entre les personnages et leur environnement. Les décors, l’ambiance, la lumière, tout fait sens.

Même si le film ne fait pas émerger une réflexion précise sur la question des droits civiques aux Etats-Unis, – preuve en est ce rappel à la réalité avec ces photos d’archives parsèment le long métrage – Jenkins y préfère la célébration d’un amour flamboyant, celui de la mélancolie. La couleur des sentiments plus que celle du combat.

Un choix judicieux qui n’est pas sans rappeler celui, tout aussi beau, de Jeff Nichols et son Loving. Les envolées musicales de Nicholas Britell viennent parachever une œuvre maîtrisée, d’une grande volupté et surtout, l’affirmation d’un auteur. 



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