Anne Teresa de Keersmaecker et l’éphémère

Anne Teresa de Keersmaecker et l’éphémère

Un décor vide, basé sur l’aspect brut d’une cage de scène, sert d’écrin à Mitten wir im Leben sind,  par Anne Teresa de Keersmaecker à la 38ème édition de Montpellier Danse. Cinq danseurs s’y succèdent, en solo, duo, parfois ensemble, sur la ligne de basse trouvée et jouée sur scène par Jean-Guihen Queyras, dans les Suites pour violoncelle de Bach.

L’épure du mouvement, net, précis, sans cesse répété, glisse sur les cordes vibrant près de deux heures, au plateau. La signature d’Anne Teresa de Keersmaecker est là, par le mélange d’une austérité assumée et d’une hégémonie du dépouillement, entre tracés concentriques et lignes diagonales au sol.

Par les trois hommes et deux femmes qui tourbillonnent au plateau, la danse ne s’arrête jamais. Cette spirale, revêt à la fois un caractère vertigineux fascinant et un phénomène d’usure dans sa durée infinie. Au delà des pirouettes et du travail sur pointes, les passages au sol, nombreux, illustrent bel et bien la conscience de la mortalité de la chair. Les danseurs, hommes et femmes, s’éprouvent, tombent et se relèvent des dizaines de fois, avant de retomber sur scène exsangue. C’est beau et à la fois triste comme la fin d’un été.

En réalité, le titre Mitten wir im Leben sind, ne dit pas autre chose que la célébration du vivant, du potentiel humain, encerclé par l’inéluctable de la mort. Les corps mouvant sur scène, sont bien « entourés par la mort », dans le sens où son inéluctabilité ne fait doute.

De Keersmaecker sait particulièrement incarner ce caractère fugace en intégrant les failles, la fragilité, et par conséquent, l’éphémère de l’homme venu à la vie. Le final des cinq danseurs est, à cet égard, éblouissant, capable de supplanter les quelques longueurs antérieures.

En intitulant sa pièce d’après un hymne luthérien, soulignant qu’au beau milieu de l’existence, « nous sommes dans la mort », la chorégraphe orchestre un véritable culte vital, avec ses coups d’arrêt et fulgurances, à destination de ceux qui continuent d’être au monde, avec le souvenir prégnant de ce qui fut.

 

 



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