Karl Marx, biopic idéalisé

Karl Marx, biopic idéalisé

Karl Marx dispose enfin de son biopic. Le théoricien de la lutte des classes est porté à l’écran par Raoul Peck dans Le jeune Karl Marx. Dès la première scène, le conflit de classe surgit à l’écran. Des paysans et paysannes qui ramassent du bois mort dans la forêt son pourchassés par la garde prussienne. En fond sonore, Marx relit son manuscrit sur le vol de bois.

Raoul Peck se saisit des armes du cinéma populaire pour faire vivre l’ébullition intellectuelle et politique des années 1840. Son film montre une véritable communauté avec Marx, sa compagne, Engels, Proudhon et même Bakounine. Le jeune Marx apparaît avant tout comme un polémiste qui affine sa pensée dans la critique des livres de ses amis. Loin de l’esprit consensuel de notre époque, Marx n’a pas peur de la contradiction et du débat.

Raoul Peck montre également la trajectoire intellectuelle d’un jeune homme. Il s’éloigne des jeunes hégéliens pour se rapprocher du socialisme de Proudhon. Mais il critique l’idéologue anarchiste pour son idéalisme encore trop éloigné de la réalité sociale. Cette réflexion le conduit vers une analyse de classe. Face à la Ligue des Justes, Marx et Engels affirment que les hommes ne sont pas tous frères. Patrons et prolétaires ont des intérêts opposés.

Le film évoque également le contexte historique des années 1840. Raoul Peck filme les puissantes machines et la mécanisation des fabriques. Il montre la misère des classes populaires et les bas-fonds des centres urbains. Le film met en scène les réunions publiques avec ses prolétaires avides de comprendre la société dans laquelle ils vivent pour mieux la combattre.

Même si le film se centre sur les grandes figures intellectuelles et politiques. Le mouvement ouvrier se sont surtout des anonymes, des grèves, des révoltes. Les intellectuels apparaissent bien trop comme des guides et les ouvriers se contentant de les écouter. Le didactisme du film renforce cette impression. On dirait que seuls des jeunes hommes en chapeau haut de forme sont capables de réfléchir et d’argumentés. Les prolétaires ont rallié les idées de Marx car ils les partagent, non par la fascination de quelques effets de tribune.

Mais la force du film repose sur des jeunes gens portés par la passion pour la critique et la joie de la révolte. Les jeunes intellectuels s’épanouissent dans la lecture et l’écriture, mais aussi dans les longues discussions bien arrosées. La politique est alors reliée à la vie, à l’amitié, à l’amour, à la fête. Engels fuit son milieu familial de la bourgeoisie industrielle. Jenny, compagne de Marx, rejette l’ennui de la vie aristocratique. « Il n’y a pas de bonheur sans révolte », souligne la jeune femme.

 

 



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