Hedi, de zéro en héros

Hedi, de zéro en héros

La révolution tunisienne continue d’alimenter la 38ème édition du Cinemed.  Le réalisateur Mohamed Ben Attia, à travers le film Hedi, largement primé à la Berlinale 2016, pose un regard singulier sur la Tunisie post-révolutionnaire.

Le pitch du long métrage ressemble à l’histoire de Monsieur tout le monde: Hedi, commercial chez Peugeot, doit se marier à une femme qu’il connaît à peine. Terne et conformiste, il semble englué dans sa routine avec un avenir tout tracé. Mais il rencontre Rim, danseuse et animatrice dans un hôtel. L’énergie et la créativité de la jeune femme deviennent contagieuses. Hedi veut désormais vivre ses rêves à travers sa passion pour la bande dessinée. Mais cette rencontre amoureuse s’apparente à la parenthèse révolutionnaire. C’est un moment de liberté qui reste en suspens, et qui peut retomber à tout moment.

Un héros à l’image du réalisateur

Le film s’attache aux relations humaines. Il illustre l’opposition entre la tradition et le désir de liberté. Ce clivage traverse directement le personnage d’Hedi. Le lien entre l’amour et la révolution comme ouverture des possibles se révèle ainsi très poétique. Le suspens constitue également une composante du long métrage. Jusqu’à la fin du film, Hedi doute et ses choix de vie ne sont pas déterminés. Mais il est peu question de la dimension économique et sociale quand les amis d’Hedi sont souvent chômeurs.

L’équipe du film présente Hedi à Montpellier, les acteurs en profitent pour parler de la situation politique en Tunisie. Le réalisateur Mohamed Ben Attia s’identifie au personnage du film: avant de se lancer dans le cinéma, il fut commercial chez Renault. « Avant la révolution, je n’étais pas un rebelle. J’étais presque aussi résigné que lui. Comme tout le monde », confie le réalisateur. Avant de finir par suivre le mouvement qui change aussi sa vie. « C’est une telle émotion que ça nous a réellement transformé. C’est un changement personnel profond ».

Le film évoque en filigrane la lâcheté, le désarroi et le doute de la jeunesse. Hedi n’est pas un activiste et un révolté, il suit le mouvement, descend simplement dans la rue pour suivre ses amis. « C’est un type qui, à travers cette rencontre, découvre ce qu’il peut être et ce qu’il ne peut pas être, ce qu’il peut faire et ce qu’il ne peut pas faire », indique Mohamed Ben Attia. En politique comme en amour, il refuse d’analyser la situation et se laisse guider par ses émotions, son ressentit et son instinct.

 La fraternité fragile

Une scène du film revient sur le parallèle entre l’amour et la révolution. Pendant l’insurrection, tout le monde s’aime et se montre solidaire. Cette parenthèse formant un espoir formidable apparaît clairement dans Heidi. « Les gens s’aimaient, s’apportaient à manger. Il n’y avait plus de flics », témoigne la productrice Dora Bouchoucha. Ce moment montre alors toute la force d’une population en mouvement. « Il y a une société civile formidable, par opposition à la classe politique. La Tunisie, c’est surtout les gens. C’est pas la classe politique », continue Dora Bouchoucha. Pendant l’insurrection, des formes d’auto-organisation se développent aussi. « Les gens s’autogéraient, sans Etat », précise l’acteur principal Majd Mastoura.

Le film évoque également l’échec de la révolution. L’ouverture des possibles qui s’est vite refermée. La fin brutale du film alimente d’ailleurs tous les débats, à l’image de cette révolte en suspens. Après l’insurrection sont venues les élections, et la prise du pouvoir des islamistes. « La déception était telle, l’espoir était tellement grand. Il n’y avait pas d’islamistes dans la rue », déplore Dora Bouchoucha. Pourtant, le retour à la normale s’est révélé particulièrement brutal. Les islamistes en exil sont revenus en Tunisie forts d’une image de dirigeants non corrompus avec le régime de Ben Ali.

Pourtant, la révolte continue. Le désir de liberté reste intact. Les femmes s’opposent au pouvoir islamiste qui veut étouffer leurs libertés. « C’est là que les femmes sont sorties en masse dans la rue pour dire : on ne veut pas perdre nos acquis », témoigne Dora Bouchoucha. Ces mouvements de révolte expriment l’espoir qui perdure face au pouvoir réactionnaire. « Et à chaque fois, les femmes ont gain de cause. Ils reculent », se réjouit Dora Bouchoucha. De quoi entretenir l’espoir de nouvelles révolutions.

 



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