Home Cinéma Suntan, critique d’un hédonisme vain

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Loin du désastre social et de la crise, l’île grecque d’Antiparos attire invariablement la jeunesse européenne. Suntan, réalisé par Argyris Papadimitropoulos et présenté en compétition long métrage au festival Cinemed, dépeint les ambiguïtés de cet univers paradisiaque et propose un véritable thriller érotique qui monte crescendo grâce au personnage tourmenté de Kostis, le nouveau médecin de l’île. Ce quadra bedonnant s’est enfermé dans une routine professionnelle pour fuir sa misère affective et existentielle. Une situation qui contraste avec la superficialité de l’été à Antiparos.

Temporalité infernale d’une station balnéaire

Les couleurs sombres de l’hiver laissent donc place à des mois ensoleillés. Kostis, terne et taciturne, est bouleversé par le tourbillon d’une bande de jeunes qui font irruption dans son cabinet. Plaisanteries, convivialité et sensualité tranchent avec l’univers grisâtre de sa vie austère. Le médecin responsable, plein d’abnégation, est alors emporté par un monde de joie de vivre, de fête et de plaisirs jusqu’au bout de la nuit. Mais, derrière la carte postale de plage et de soleil, c’est bien la mécanique d’une tragédie qui se déroule.

Makis Papadimitriou incarne parfaitement un Kostis qui perd progressivement pied. « Il est transféré après avoir fait une faute, une erreur médicale. Ce n’est pas son souhait d’être là », précise l’acteur au sujet de son personnage. Sa routine contraste avec les débordements estivaux: dès qu’il rencontre une bande de touristes décomplexés et avides de sensations fortes, ses yeux s’illuminent. « Il est heureux de les rencontrer car il n’a pas d’amis. Il s’ennuie tellement qu’il est content de voir arriver ces jeunes », décrit Makis Papadimitriou.

L’acteur estime que le film évoque la situation de la Grèce. La misère subie par ses habitants contraste avec la joie de vivre des touristes. « La vie en Grèce reste très difficile. Les gens souffrent d’autant plus qu’ils ne voient pas la situation s’améliorer », déplore Makis Papadimitriou.

L’exotisme destructeur

 L’originalité de Suntan repose sur le choc entre deux univers que tout oppose. Le médecin sinistre et la jeunesse rayonnante. L’adulte autrefois responsable succombe rapidement à toutes les tentations et à l’ivresse d’une vie intense, mais superficielle. Le long métrage illustre aussi la face bien plus sombre de cet hédonisme. Derrière la sensualité solaire se masque la superficialité de relations humaines éphémères. Si tout devient possible pour une nuit, rien ne semble jamais réel et sérieux. Le plaisir sexuel à porté de main n’empêche en rien la misère affective et le vide de l’existence.

Suntan met en lumière le péril de ce tourisme marchand qui vampirise un territoire au mépris des habitants et de leur mode de vie. La jeunesse opulente, bien à l’abri dans sa bulle d’insouciance, ne tient jamais compte de la réalité sociale. Elle semble chaleureuse et festive mais respire le mépris de classe pour un pays réduit à un simple décor accaparé pour sa propre jouissance. Suntan prend soin de mettre en exergue la volatilité de cette jeunesse bourgeoise et capricieuse qui impose une satisfaction immédiate de ses propres désirs, à l’image de capitalistes prédateurs.

Inversement, le film peut aussi sombrer dans le dénigrement réactionnaire pour une jeunesse décadente. Le réalisateur ne cache pas son inspiration venue des livres du très controversé Houellebecq. Mais Suntan ne se veut pas moraliste et ses interprétations restent complexes. Le long métrage tourné à Antiparos semble valoriser la soumission au travail et la responsabilité du monde adulte contre la recherche du plaisir. On pourrait y voir un moralisme conformiste qui dénigre toute forme de sexualité libérée. Mais cet hédonisme rayonnant n’attire Kostis que pour fuir la monotonie d’une vie vide de sens.

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