Home Cinéma Tour de France ouvre le Cinemed

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Dans Tour de France qui a ouvert le festival Cinemed 2016, le réalisateur Rachid Djaïdani brosse une belle fable autour du choc des cultures au sein d’une France populaire. Pour ce long métrage aux scènes de plein air légion, Far’Hook, un jeune rappeur de 20 ans incarné par Sadek, doit quitter son quartier après une altercation avec un caïd. Pour se mettre au vert, il accompagne  Serge (le père de son producteur), campé par un Gérard Depardieu plus vrai que nature, dans un tour des ports de France. Le vieux maçon, qui ne manque pas de verbe, marche sur les pas de Joseph Vernet afin de peindre à son tour des marines, comme au temps des commandes de Louis XV.

Sociologie d’un corps populaire

Mais les deux personnages appartiennent surtout à la même classe laborieuse: « Issus des quartiers populaires et des quartiers prolétaires », souligne Djaïdani. Un travailleur licencié qui se retrouve au chômage et un jeune précaire qui ne trouve pas d’emploi incarne donc les deux visages de la France populaire. Pourtant, ce sont « deux France qui ne se parlent plus, qui ne se regardent plus » déplore le réalisateur pendant que Sadek triture son iPhone.

Evidemment, les idées reçues et les barrières tombent progressivement. C’est là le tour de force de Djaïdani que de transformer les côtes fortifiées par Vauban en lieu offrant perspective et altérité. En réalité, les deux hommes partagent une même détestation des autorités et des injustices. Chacun se découvre au long du périple: Far’Hook comprend peu à peu la peinture et apprend à apprécier les paysages au lignes classiques, comme la Corderie Royale. Serge entrevoit la poésie qui se dégage du rap et le flow limpide de Far’Hook.

En conférence de presse, Rachid Djaïdani révèle à son tour que ce film lui a également permis de réaliser son propre voyage initiatique. L’ancien maçon admiratif du compagnonnage décrit avec transport la dimension créative des métiers manuels et la passion de l’autodidacte: « Du fait de ne pas avoir fait d’études, j’ai une grande capacité d’écoute et de curiosité ». C’est un peu le postulat du film, qui se déploie comme un conte philosophique.

Exercice de style

 La rhétorique en fait partie intégrante. Le film emprunte également à l’argumentaire hip-hop, notamment par son rythme et son tempo pugilistique. Quant aux deux personnages qui s’échangent vannes et punchlines, s’expriment haut et fort, leur duel s’inscrit surtout dans la langue et les métaphores:« C’est un film d’action verbale », insiste Rachid Djaïdani, qui a commencé en littérature avec Boomkoeur.

En revanche, si Tour de France peut ravir les amateurs de paysages maritimes, il impose une vision rêveuse, déconnectée de tout contexte social. Les quartiers populaires y constituent des simple décors de passage. Les préjugés ont valeur de simple erreur morale, non comme le résultat d’un cannibalisme social généré par la misère et la précarité. Le film fait donc appel aux bons sentiments et à la générosité d’une France enfin réconciliée. Le message en demeure résolument antiraciste, optimiste, par une candeur rafraîchissante. Une sorte de plaidoyer pour un idéal français.

Texte: Sylvain QUISSOL avec Géraldine PIGAULT

 

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