Home Cinéma Lazar, héros éponyme d’un roman macédonien

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Présenté dans le cadre de la compétition officielle du Cinémed, le long métrage de Svetozar Ristovski a beau être une fiction, il possède un certain nombre de caractéristiques propres au récit. Dans Lazar, le portrait de l’Ancienne République yougoslave de Macédoine va puiser ses contours dans la lie d’une population aux portes de l’union européenne. Précisément, chez une bande de marginaux érigés passeurs de migrants africains et trafiquants en tout genre.

Cette chronique sociale prend pour point d’ancrage un beau jeune homme en la personne de Lazar, la vingtaine et un visage d’ange. C’est donc à travers son personnage qu’il est question de cache, course poursuite et autre réjouissance illégale. Evidemment, drogue et prostituées accompagnent cette vacation de l’ombre de plus en plus pesante pour le garçon, qui aspire à reprendre ses études et rencontre une jeune fille bien étrangère à cet univers.

Un conflit insoluble s’impose à cet attachant anti-héros, déchiré entre ses obligations clandestines et l’amour qu’il porte à sa petite-amie. Grand classique des fictions qui finissent irrémédiablement en tragédie, le dilemme s’installe et impose son implacable symétrie dans une temporalité donnée. Pour Lazar, la simultanéité de sa relation amoureuse et de ses activités rémunératrices engendre forcément le pire. C’est par ce prisme que Ristovski illustre l’impossibilité de concilier les deux situations: le bien et le mal coexistent côte à côte, dans un pays sinistré.

Deux mondes s’opposent, matérialisés par les scènes diurnes, quand se retrouve le couple et les nombreux plans nocturnes,  où les passeurs sont en activité. Défendu de quitter le clan, Lazar ne sait pourtant renoncer à l’hypothèse de la liberté et du bonheur dans les bras de sa belle.

En filigrane, la critique affleure, tant la vie du héros est entravée dans un pays dont l’isolement géopolitique ne fait qu’empirer. Piégé au coeur d’un système pervers, la vie de Lazar fait écho au destin de l’Ancienne République de Macédoine qui attend toujours son adhésion à l’Union Européenne. A l’écran, un véritable « choix de Sophie » se fait jour. Par son éponymie, son réalisme et l’écartèlement lié à l’extrême impossibilité de choisir, Lazar rappelle l’oeuvre tragique de Styron, dans laquelle un personnage fictif était déjà annihilé par les troubles de l’histoire.

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