Phia Ménard livre une Saison sèche nécessaire

Phia Ménard livre une Saison sèche nécessaire

Sept corps nus exhalent lentement scène. Sept corps nus, féminins, sous un plafond descendu à moins d’un mètre du sol, oppressés par le manque d’espace et la possibilité de sa réduction.

L’ouverture de Saison sèche ne déroge pas à la puissance scénographique, signature de Phia Ménard. Devenue femme par choix, la chorégraphe met en perspective la condition féminine depuis plusieurs pièces, mais dénonce clairement les écueils du patriarcat dans Saison sèche.

Juste avant l’apparition des sept danseuses à terre, Phia apparaît rapidement et prononce sobrement une seule phrase : « Je te claque la chatte. » La formule a valeur de symbole, résume le florilège d’insultes et autres débits oraux visant la femme, dans l’espace public où les hommes régentent et assènent. « Les villes ont été pensées et construites par des hommes, pour des hommes » souffle Phia, quelques jours avant la création de Saison sèche à Vedène. Elle s’en est rendu compte, lorsque devenue femme, ses déplacements dans la rue n’étaient plus si fluides, si insouciants que dans un corps masculin.

Ses sept danseuses, elles, peinent d’abord sous le plafond si bas, à se mouvoir individuellement. Peu à peu, leurs forces s’agrègent, permettent de faire corps, toutes ensemble. L’idée n’est pas inédite, elle a déjà été abordée en danse contemporaine, mais elle a le mérite de revenir sur le plateau avec une revendication claire, voire salutaire.

Peu de femmes artistes ont véritablement osé s’emparer frontalement de la question, mais Phia ne recule pas, va chercher des lieux communs et poncifs qu’elle élève au rang de symboles. Elle s’inscrit dans la veine, offensive et lyrique, d’une Tori Amos qui clamait au début des années 90, dans Cornflake Girl, ne pas fréquenter les femmes détournant le regard et appelait à agir avec un peu de courage.

Sur scène, les danseuses de Saison sèche se masquent le visage derrière des peinture de guerre et entament une danse tribale. Toujours enfermée dans la boîte que constitue la structure scénique éclairée par des néons semblables à ceux des salles d’hôpitaux, elles sont observées, mais se dégagent néanmoins du confinement initial, grâce à la remontée du plafond qui remonte au gré du crescendo martelé au plateau.

Le rapport de force évoluant, elles sont vêtues en agent de sécurité, footballeur ou cadre supérieur en costume trois pièces, glissent vers une parodie des mouvements d’injonction, d’occupation de l’espace, purement masculin. L’exercice n’évite pas la caricature, mais il est nécessaire, cathartique.

Peu de femmes artistes traitent frontalement du mal que peut faire le patriarcat au corps féminin, oscillant sans cesse entre ploiement et lutte. En sueur, exténuée, les danseuses unies en groupe offensif, trouvent leur salut au prix d’un effort physique qui relève de la performance.

C’est par ce drôle de labeur qu’elles font finalement couler une bile noire des murs qui les emprisonnent. La métaphore est assez claire avec l’écoulement du liquide visqueux. La déliquescence, la fin d’un monde où le corps féminin sert de réceptacle à souffrances, se fait enfin jour. Le résultat est évidemment chaotique, la scène ravagée, les corps exsangues. Phia ne choisit ni la nuance, ni l’exception, et elle a finalement raison tant dehors il reste à faire et tant son oeuvre demeure un espace de fiction.



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